| Principe
physique de la mesure |
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Illustrons simplement le principe de la
mesure à l’aide de mesures acquises par le
simulateur aéroporté au-dessus de la mer Méditerranée,
pendant la campagne MEDIMAR en avril 1991. Les images de
la figure 3 représentent les 3 voies polarisées
à 865 nm. Elles correspondent respectivement à
des directions du polaroïd de +60°, 0°, -60°
par rapport au petit côté de la matrice CCD.
La tache intense observée sur les 3 images correspond
au phénomène de " glitter " ou encore
réflexion spéculaire du soleil sur le dioptre
air-eau. L’intensité de cette tache dépend
principalement de l’angle solaire et de l’agitation
de la surface (vent). Par réflexion sur la surface
de l’eau, le rayonnement solaire incident non polarisé
se polarise fortement perpendiculairement au plan d’incidence
solaire.
| Figure
3 : Images associées aux 3 voies polarisées
du canal 865 nm acquises pendant le survol de la Méditerranée |
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| (a) +60° |
(b) 0° |
(c) –60° |
Sur la figure 3,
représente le vecteur champ électrique qui,
dans le cas de la réflexion du soleil sur l’eau,
est perpendiculaire au plan d’incidence (plan solaire).
L’angle entre
et la direction de l’axe passant du polariseur central
(P2) est noté c.
Si l’on représente l’évolution
spatiale du signal sur les 3 voies, selon la radiale (T)
placée dans le plan solaire, nous observons les signaux
reportés sur la figure 4.
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| Modèle
radiométrique |
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Dans la pratique, on utilise le formalisme
de Müller qui est mieux adapté aux paramètres
de Stokes. Je résume, ci-après, en quelques
mots le modèle radiométrique de l’imageur,
en commençant par le cas de la mesure en lumière
naturelle.
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1.
Modèle en lumière naturelle |
On montre que, pour une voie polarisé
a (a=1,2,3), le signal numérique DN, fourni par l’instrument
pour le détecteur élémentaire de coordonnées
l,p et pour une luminance en entrée Llp,
est donné par
(2)
Le premier paramètre A, apparaissant
dans cette modélisation et déjà cité
plus haut, est le coefficient d’étalonnage
absolu qui permet de convertir la sortie numérique
DN en flux d’énergie incident (luminance).
Nous allons illustrer, très qualitativement,
la signification des autres paramètres. Plaçons
pour cela le capteur devant une sphère intégrante
telle que celle présentée sur la figure 2b.
Les images obtenues dans les trois voies polarisées
d’une même longueur d’onde sont représentées
sur les figures 5a,b,c.
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| (voie polarisée 1, +60°)
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(voie polarisée 2,0°) |
(voie polarisée 3,-60°) |
| Figure
5 : Images obtenues pour 3 voies polarisées pour
un éclairement incident non polarisé (Q=U=0)
généré par la sphère intégratrice |
Une coupe diagonale, (T), réalisée
sur ces 3 images, montre que les trois voies ne se superposent
pas, même si l’éclairement qu’elles
reçoivent est identique (Figure 6a).

| Figure
6a : Coupe sur les 3 voies polarisées |
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La variation basse fréquence
spatiale observée sur les 3 voies correspond
à la variation de transmission, p(q),
de l’objectif en fonction de l’inclinaison,
q, du rayon incident par
rapport à l’axe optique.
Cette variation rend compte également de la
polarisation intrinsèque de l’objectif,
e(q),
crée par la traversée des différentes
lentilles.
Le terme p(q). (1+he.cos
2aa), où
h est l’efficacité
des polaroïds, modélise l’ensemble
de ces deux effets.
L’objectif télécentrique n’est
pas parfait et son imperfection doit être caractérisée
et prise en compte dans les corrections radiométriques.
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La figure 7 représente la
polarisation induite par la traversée de l’objectif
à 865 nm.
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| Figure
7 : Image de la polarisation induite par l’objectif
à 865nm (version aéroportée
de Polder) |
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Les variations de hautes
fréquences spatiales, qui apparaissent également,
sont liées à la sensibilité inter-détecteur.
Chaque détecteur possède sa propre réponse
qui doit également être mesurée. Ce terme
est noté glp.
Au centre du champ (q=0°),
les signaux des 3 voies diffèrent jusqu’à
10%. Cet écart de transmission moyenne au centre du
champ ne peut être attribué à la polarisation
induite par l’objectif, cette dernière étant
nulle en incidence normale. Elle s’interprète
par des différences de transmission moyenne entre les
trois blocs filtre-polariseur. Les rapports entre les transmissions
moyennes, notés Ta, sont également mesurés
avec précision et pris en compte dans les corrections
radiométriques appliquées aux images.
Le dernier paramètre h,
correspond à l’efficacité des polaroïds.
Il est souvent proche de l’unité. Il est mesuré
par ailleurs et également introduit dans l’algorithme
de correction radiométrique.
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2.
Modèle en lumière polarisée |
La généralisation
du modèle au cas d’un rayonnement partiellement
polarisé, représenté par ses paramètres
de Stokes (L,Q,U), s’exprime à l’aide de
3 équations (a=1,2,3) de la forme
(3)
avec
(4)
Finalement, le modèle peut s’écrire,
pour chaque détecteur élémentaire (l,p)
de la matrice CCD, sous la forme matricielle suivante
(5)
où M est la matrice
de transfert de l’instrument qui dépend des différents
paramètres listés ci-dessus. Les corrections
radiométriques se ramènent donc à connaître
[M] en chaque détecteur et à l’inverser
pour en déduire les paramètres de Stokes incident.
L’ensemble de ces paramètres est caractérisé
en laboratoire avant le lancement.
Le
très grand champ de vue de l’instrument
rend très difficile et coûteux le développement
de dispositifs d’étalonnage à bord
du satellite. Il a donc été décidé
de contrôler l’étalonnage à
l’aide de méthodes utilisant des visées
remarquables à la surface terrestre ou dans l’atmosphère
(diffusion moléculaire, nuages, glitter océanique,
sites désertiques,…). En ce sens, POLDER
ouvre une nouvelle ère, car la richesse de ses
observations lui offre la possibilité de suivre
précisément en vol pratiquement tous les
paramètres du modèle radiométrique. |
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| Etalonnage
en vol |
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Profitons
de l’une des toutes premières images acquises
par POLDER pour introduire les cibles remarquables utilisées
pour suivre en vol les paramètres du modèle
radiométrique. La figure 8 présente un exemple
d’image obtenue à l’aide de POLDER1/ADEOS.
| Figure
8 : Exemples d’images obtenues par POLDER. L’image
(a) correspond à une image en luminance totale.
L’image (b) correspond à la même scène
observée en lumière polarisée. Les
dimensions de l’image sont 2400km x 1800km, avec
une résolution spatiale au sol de 6.2 km x 6.2
km. Les deux images résultent d’une composition
colorée des canaux 443(bleu), 670 (vert) et 865nm
(rouge) |
Sur l’image en luminance
totale, on distingue clairement les terres émergées
et l’océan. On constate, au contraire, que ce
contraste s’atténue fortement sur l’image
en luminance polarisée. Ceci indique que la polarisation
est plus caractéristique de l’atmosphère
que de la surface. Les fortes valeurs de luminance et de polarisation
observées sur la Méditerranée, près
de la Corse, correspondent à la réflexion du
soleil sur l’eau (" glitter ") déjà
mentionnée (figure 3). La couleur blanche-jaunâtre
s’explique par la neutralité spectrale de la
réflexion de Fresnel. Cette propriété
remarquable est utilisée pour contrôler l’étalonnage
inter-bande de POLDER L’étalonnage absolu, c’est-à-dire
la détermination du coefficient A du modèle
radiométrique, est réalisé, en vol, par
visée océanique en conditions de ciel très
pur. Dans ce cas, l’essentiel du signal provient de
la diffusion moléculaire que l’on sait bien modéliser.
Cependant, cet étalonnage ne peut être réalisé
qu’aux courtes longueurs d’onde (l<565nm) pour
lesquelles la diffusion moléculaire est suffisamment
intense. L’étalonnage des plus grandes longueurs
d’onde se fait, alors, par report de l’étalonnage
" courte longueur d’onde " vers les grandes
longueurs, au moyen d’un coefficient d’étalonnage
inter-bande déterminé par une autre méthode.
En l’absence d’atmosphère diffusante, la
tache du glitter serait effectivement " blanche "
dans le spectre considéré ici. Cependant, l’atténuation
et la diffusion du rayonnement solaire par les molécules
et les particules atmosphériques altèrent la
neutralité spectrale du signal mesuré par le
capteur. Afin de profiter de cette cible intrinsèquement
blanche pour reporter l’étalonnage, il est nécessaire
de corriger les mesures obtenues au niveau du satellite de
l’effet de ces diffusions atmosphériques. Ceci
est possible, sans aucune mesure exogène, grâce
à la capacité directionnelle de POLDER (figure
9).
| Figure
9 : Illustration des capacités directionnelles
de POLDER. Un même point au sol (nord de l’Allemagne,
sur la mer Baltique) est vu sous plusieurs directions
de visée au cours de la même orbite. Son
objectif grand champ permet à POLDER d’observer
un même point au sol sous, au maximum, 14 directions
d’observation distinctes et de façon quasi-instantanée
(2 minutes) |
En effet, si un point particulier
de la surface ou de l’atmosphère peut être
observé dans les conditions spéculaires, quelques
secondes plus tard, le même point de la surface ou la
même colonne atmosphérique sera observé
dans des conditions de visées proches de la rétrodiffusion
pour lesquelles le signal observé est essentiellement
d’origine atmosphérique. C’est à
partir des ces visées " atmosphériques
" que la contribution atmosphérique est estimée
et corrigée, ensuite, dans la direction d’observation
spéculaire afin de s’approcher, le plus possible,
du signal spéculaire intrinsèquement "
blanc " qui permettra de reporter l’étalonnage
aux grandes longueurs d’onde (P.1.1).
Le rayonnement solaire réfléchi sur l’eau
est fortement polarisé (maximum dans les conditions
de Brewster pour une surface parfaitement plane). Cette seconde
propriété est également utilisée
pour suivre l’étalonnage en polarisation pour
les fortes valeurs de la polarisation. Dans ce cas, c’est
le paramètre h du modèle qui peut-être
déterminé en vol. Pour les mêmes raisons
que précédemment, il importe de caractériser
l’atmosphère en dehors des visées "
glitter " pour en corriger l’effet dans la direction
du glitter. La mise au point de la méthode et sa validation
sur des mesures aéroportées sont présentées
dans la publication P. 1.2 et ses performances en orbite dans
P. 1.1.
Les masses nuageuses présentes au-dessus du nord-est
de l’Europe polarisent également la lumière,
mais à un niveau nettement moindre. D’autres
nuages, visibles au-dessus de la mer Adriatique, apparaissent
beaucoup plus sombres en polarisation. Dans cette géométrie,
les nuages génèrent par diffusion un rayonnement
très faiblement polarisé. Il est alors possible
de s’en servir pour contrôler les performances
de l’instrument à bas niveau de polarisation.
Les paramètres Ta et la polarisation de l’objectif
e peuvent ainsi être suivis en vol, à l’aide
d’observations nuageuses, pour des géométries
d’observations particulières. Les figures 10a
et 10b sont, à l’instar de la figure 8, des compositions
colorées d’images acquises pendant la campagne
ACE-2 (Aerosols and Clouds Experiment) à la fin du
mois de juin 1997, au large des Canaries.
(a)
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(b)
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| Figure
10 : Images POLDER/ADEOS du 26 juin 1996. (a) luminance
totale, (b) luminance polarisée. Orbite 8437, séquence
44. Les lignes circulaires blanches indiquent les angles
de diffusion par pas de 10°. Le plus petit rayon correspond
à un angle de diffusion de 170°. La ligne droite
matérialise le plan principal solaire |
La figure 11 représente un zoom des images acquises
par le simulateur aéroporté POLDER survolant
à 4.5 km d’altitude le banc de nuages délimité
par le rectangle blanc sur la figure 10.
(a)
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(b)
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| Figure
11 : Images acquises par le simulateur POLDER aéroporté
le 26 juin dans la zone ACE-2 (Lat=29.5°N, Lon=16.9°W).
(a) image en luminance totale à 865nm, (b) image
en luminance polarisée. L’altitude de l’avion
est 4500 m |
On distingue sur les figures
10 et 11 un anneau polarisé vers 140° (c’est
l’arc-en-ciel). Dans l’exemple présenté,
le contraste angulaire en luminance est suffisant (nuage fin)
pour que l’anneau soit également observable.
En présence de particules diffusantes de forme sphérique,
il est, par contre, toujours observable en polarisation. En
dehors de cette géométrie d’observation
bien particulière, nous constatons que les nuages polarisent
peu, voire pas du tout, constituant ainsi une source intense
de lumière naturelle permettant de contrôler
en orbite les paramètres Ta et e dans les 3 canaux
polarisés de POLDER. L’accumulation d’observations
nuageuses dans la géométrie adéquate
permet de déterminer en orbite les coefficients Ta
et de re-générer à partir d’observations
géophysiques une image e similaire à celle présentée
sur la figure 7. Cependant, dans le canal à 443nm,
les méthodes restent moins précises à
cause de la contribution parasite des molécules de
l’atmosphère libre qui se trouve au-dessus des
nuages observés. Notons que les propriétés
polarisantes des nuages sont directement reliées à
leurs propriétés microphysiques. Ce point particulier
sera abordé en détail dans le chapitre 3 de
ce document.
Enfin, la polarisation " bleue " observée
au-dessus de l’océan Atlantique indique une forte
composante polarisée dans le canal 443nm. La diffusion
par les molécules (diffusion " Rayleigh ")
polarise également le rayonnement solaire incident.
Cette propriété peut également être
utilisée pour contrôler l’étalonnage
absolu et la polarisation.
Pour terminer, un mot sur la précision de relocalisation.
La relocalisation géographique est d’un pixel,
soit prés de 6.2 km. Les écarts de localisation
entre les 3 voies polarisées d’une même
longueur d’onde et entre deux longueurs d’onde
sont de l’ordre de 1/10 de pixel, soit 600m et les écarts
entre les différentes directions de l’ordre de
2/10 de pixel.
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